Le Nombril du Monde


Un jardin, un nombril, un château, un garage, des ombilicologues de talent, des habitants investis, des bénévoles, des sourires, des artistes colporteurs de joie… « Il faut le croire pour le voir », c’est bien là que sont nées toutes les histoires !

Nous y voilà, au Nombril du monde à Pougne-Hérisson, haut lieu légendaire de Gâtine ! Le village n’est pas grand, un petit bourg où tout semble être organisé autour du festival, même les noms de rues ont été changés pour l’occasion. Je dépasse le tracteur-bélier, plan vigipirate oblige et me dirige vers les festivités. Mon arrivée est remarquée, il faut dire que mon vélo ne passe pas inaperçu ! C’est la femme du maire qui m’accueille chaleureusement et m’explique tout ce qu’il faut savoir, les chapias pour payer à ne pas confondre avec les chapias à confectionner soi-même, la billetterie, le spectacle de Yannick Jaulin complet, (forcément j’aurais du anticiper !), le camping de la Chagnée à la ferme de Saint-Aubin-le-Cloud, et bien sûr, si je ne trouve pas d’endroit où dormir, il y aura toujours de la place chez elle, dans son jardin ou ailleurs, je ne dois pas hésiter surtout !

En effet, abstraction faite de l’interminable côte pour y accéder, le camping de la Chagnée est un véritable petit paradis peuplé de cigales, de chouettes, de moutons et d’écureuils, des emplacements immenses délimités par une pinède au bord d’un étang. Des endroits comme celui-là rendent décidément bien incompréhensible l’obstination de l’homme à s’entasser dans des univers bétonnés, goudronnés, vidés…
Le campement installé, je retourne au Nombril. Quel bonheur de retrouver Yannick Jaulin sur Scène ! J’ai finalement réussi à rentrer dans le garage Boutet pour la présentation d’une étape de travail de sa prochaine création, un spectacle sur l’amour, les héritages, les puits sans fond et bien d’autres choses encore.

« Qu’est-ce qu’on fait de nos héritages ? On les laisse prendre la forme d’un monstre ou on choisit d’en faire des enfants de lumière ? »

« Ne rien attendre à l’extérieur de soi, dans les valeurs des autres qui ne sont pas les nôtres, dans l’amour des autres qui ne remplacera jamais l’amour que l’on se doit » Yannick Jaulin

LA CANTINE CHEZ FAFA

A la cantine tout le monde mange à la même table, les artistes, les ombilicologues, les bénévoles, les spectateurs. Le voisin de table est fonction de l’heure à laquelle on arrive, et l’on se sert dans les grands plats amenés avec le sourire sur la table au fur et à mesure des arrivées. L’ambiance est propice aux rencontres et les discussions vont bon train, des semences paysannes avec Bruno et Hélène Joly, des nouvelles de la vie avec Camille Rocailleux que j’avais rencontré lorsqu’il était encore dans la compagnie « Arcosm », de colère saine, de résistance et de désobéissance avec Jérôme Rouger et Marie Chiff’Mine, de tout et de rien avec tout le monde !

LE JARDIN DES HISTOIRES

Œuvre collective et fragile être vivant qui demande beaucoup de soins, le jardin des histoires se visite tous les après-midi à partir de 14h. Un jardin extraordinaire peuplé de machines poétiques conçues par des artistes et des ombilicologues très sérieux pour capter les contes et les histoires du monde entier.

« Ce n’est pas rien tout de même, toute une vie pour un je t’aime »… « mourir de peur c’est comme être fou de joie, c’est littéralement vrai. La peur nous empêche de vivre, comme mourir à petit feu »…

Il suffit de prêter l’oreille pour les entendre… c’est une invitation à benaiser, déambuler, et trouver un petit coin tranquille pour une sieste sonore en attendant le début d’une visite ou d’un « conte pour la tribu ».

Quelques ombilicologues de RENOM jamais nombrilisTes pour autant !

Yannick Jaulin conteur, poète, rockeur, défricheur de rêves et directeur du Nombril du monde. Fils de paysan fasciné par les langues, il explore sa propre identité dans les méandres du parlange poitevin, sa langue maternelle qu’il sauvegarde et perpétue au fil de ses histoires, pour le plaisir de goûter les mots bien sûr, mais aussi pour préserver toute la culture, les savoirs et la vision du monde qui lui sont intimement liés.
Gérard Baraton accordéoniste pas pareil et comédien. Pourtant c’est à s’y méprendre, je l’avais pris pour un cycliste ! Décidément le vélo est un joli prétexte de très belles rencontres !
Jérôme Rouger auteur, metteur en scène, comédien, bon vivant et tromboniste à ses heures, il aime les colères saines et les résistances joyeuses !
Camille Rocailleux musicien, compositeur, créateur passionné par les aventures hors des sentiers battus et la transversalité du spectacle vivant.
Titus conteur et soutien de la première heure ! Ayant une forte propension à se disperser, il travaille avec des artistes de rue, des musiciens, des conteurs, des gens de théâtre, des ombilicologues…
Fred Billy ça va sans dire (c’est le nom de sa compagnie), est un colporteur collecteur un brin farceur. Devenu artiste l’air de rien sans même s’en apercevoir il est tour à tour, crieur public, chauffeur de salle et maître en dérision. Il est aussi le co-fondateur de la Colporteuse où je me rendrai prochainement !

Et bien sûr Olivier Allemand, Marie Derrien, Marion Thomas et toute l’équipe du Nombril, les bénévoles, le comité d’animation, les membres du conseil d’administration, les autres artistes, les gâtinais… Merci à tous pour ces rencontres passionnantes ! L’ombilicologie n’est pas une science exacte et le facteur humain est pour beaucoup dans l’organisation de cet heureux biotope, idéal pour favoriser le développement de l’imaginaire et l’épanouissement de gens vivants qui aiment les gens vivants et les joies simples !

La légende de Saint Pou

« Ô grand Saint Pou
I allons épourer la pou
Et l’Rabouni
Et tertous les fous les folassis »

Il est incroyable de penser que certaines personnes ignorent encore la légende de Saint Pou dont le rituel, transmis par des générations de femmes depuis le 4ème siècle, pourrait bien être à l’origine du fameux « rin » gâtinais ! C’est une longue histoire que je serai bien en peine de vous raconter car il n’y a qu’au cœur du Nombril qu’il est possible de l’entendre.

Quant à la légende du Nombril, un très beau livre retrace l’aventure de cet exemple d’implication artistique dans l’aménagement du territoire et du lien soigneusement tissé avec une équipe locale formidable !

A betout pour la prochaine édition en 2020 !