La causerie du bourrier #2

11h03 le lendemain au jardin des histoires, une quarantaine de personnes se pressent pour prendre place dans le rond des sorcières et tendre une oreille attentive à Michel Billé. Sociologue spécialisé dans les questions relatives aux handicaps et à la vieillesse, auteur de nombreux ouvrages à ce sujet, il a été invité par Yannick Jaulin pour répondre à une question : vieillir, est-ce devenir bourrier ?

Lui aussi est conteur finalement, au moins autant que conférencier en tout cas ! Convoquant à propos quelques citations de poètes et jouant avec les mots, il déroule le fil de son histoire, celle d’un autre regard sur la vieillesse, bouleversant ! Comme dans les contes on passe du rire aux larmes et on prends une belle leçon d’humanité !

« Ce n’est pas parce que je suis un vieux pommier que je donne de vielles pommes » Félix Leclerc

Dans notre société actuelle, la vieillesse est donnée à penser et à vivre comme un « problème », le « problème du vieillissement de la population ». Elle est de plus en plus perçue comme une maladie dont le spécialiste est devenu le médecin gériatre. Les crèmes anti-rides et la « médecine » anti-âge en témoignent : on a le droit de vieillir, à condition de rester jeune ! Cette injonction culpabilisante est partout et uniformise nos représentations. Rester en forme oui, bien sûr, tout le monde le souhaite, mais rester jeune est une absurdité. Vieillir c’est devenir vieux et ça n’est ni une maladie, ni un handicap, bien au contraire ! C’est une chance, personnelle et collective. Vieillir c’est vivre, et c’est encore la meilleure des choses qui puisse nous arriver. Vieillir c’est apprendre à perdre, c’est transmettre… On dit souvent comme Brassens que « l’âge ne fait rien à l’affaire » pourtant c’est bien une question d’âge malgré tout et pour se donner une chance de maintenir une joie, un plaisir à vieillir, il nous faut regarder la vieillesse comme une nouvelle occasion dans nos vies de remanier notre rapport au monde, aux autres et à nous-mêmes.

« Il n’y a pas de miroir objectif, pas plus que d’objectivité, c’est dans le miroir des autres que parfois, on se reconnaît » Jacques Prévert

« Mon identité c’est l’image que j’ai de moi, forgée dans le rapport aux autres » Pierre Sansot.

C’est dans un jeu d’attente réciproque que l’on peut construire son identité, mais qu’attendons-nous les uns des autres ? Qu’attendons-nous des vieux aujourd’hui en France ? Leur fric ? Qu’ils nous lâchent la grappe ? Si ce n’est pas le cas pourquoi parle t’on de « maintien » plutôt que de « soutien » à domicile, de « placer » en maison de retraite plutôt que « d’accueillir » ? Pourquoi la dépendance, celle du « D » de l’EPHAD est-elle pointée du doigt comme un fléau lorsqu’il s’agit des vieux alors que nous sommes tous interdépendant ? Qui peut dire qu’il n’est pas dépendant des autres quel que soit son âge ? C’est important les mots. Comment nous font-ils penser ? Comment nous font-ils agir ?

Alors comment refuser la tyrannie du bien vieillir et déconstruire un fonctionnement social qui disqualifie la vieillesse ? Comment ne pas nous rendre coupables d’un déni de solidarité ? Assister à une « conférence » de Michel Billé est déjà un bon début, courrez-y, on en sors aussi grandis qu’amusés. Des captations sont aussi disponibles sur Youtube si toutefois vous ne pouvez pas vous y rendre. Et puis lire ses livres bien sûr, il écrit aussi bien qu’il parle !

Quelques extraits

« Quand on me pose la question, quel âge avez-vous ? Je réponds tous les âges avant celui que j’ai. Je suis ce qu’une vie me fait. »

« C’est la vieillesse le vrai développement durable. Vieillir c’est modifier son rapport au temps dans une société de l’éphémère, de l’instant, c’est apprendre à se déconditionner, à être plus libre ! »

« Je ne veux pas être retraité au participe passé, je veux être retraitant, un participe présent ! En Espagne la retraite se dit jubilación, voilà qui est quand même plus parlant ! »

Le mot de la fin

« Marche t’en donc pis que l’beau temps vienje ! »

La Causerie du Bourrier

11h03 au Nombril du monde, c’est la causerie du matin. Aujourd’hui l’invité est un ingénieur de recherche à l’institut national de recherche agronomique (INRA), Pierre Bitoun. Il est l’auteur avec Yves Dupont du livre « Le sacrifice des paysans, une catastrophe sociale et écologique » qui retrace l’histoire de l’agriculture sur le chemin du productivisme, de « l’ethnocide » des cultures paysannes à la schizophrénie actuelle du monde agricole. Autour de la table tout le monde est d’accord, mais quelles sont les solutions ? Pierre Bitoun déplore le succès de la pensée des Colibris liée au sentiment d’impuissance générale et finalement très individualiste. Pour lui « faire sa part » dans son coin ne suffit pas, il n’y a pas d’individu qui soit séparé du « social », donc du politique et du « faire société », la seule solution est dans l’engagement politique pour ne pas éluder les rapports de forces. L’enseignement est également la courroie de transmission d’un modèle, comment le réformer ? Qui finance ? Qui soutien ?

Lire aussi : un article du blog de Médiapart