Le Pré Joly – Cultiver oui mais cultiver comment ?

Bruno et Hélène Joly sont paysans, éleveurs et fromagers installés au lieu dit La Robichonnière à Saint-Gervais-les-trois-clochers près de Châtellerault dans la Vienne. Je les ai rencontré au Nombril du monde, à la cantine chez Fafa où l’on a poursuivi la causerie du matin autour du livre de Pierre Bitoun, « Le Sacrifice des paysans ». Leurs convictions, leur gentillesse et notre conversation passionnante m’avaient donné envie d’en savoir plus alors je les ai recontacté pour passer leur rendre visite ! Je suis arrivée en fin d’après-midi, en pleine traite des vaches, trop tard pour une vraie visite de la ferme comme prévu. Alors après m’avoir offert un véritable festin avec tous leurs produits, légumes du jardin grillés, saucisses de bœuf de leurs bêtes, fromages de la fromagerie, fraises et crème fouettée avec leur crème… Bruno m’a dit : « bon si t’es pas aux pièces sur ton timing, je t’embauche demain et tu passes la journée avec nous, la meilleure façon de se rentre compte c’est de faire et moi, il me manque du monde » ! Il ne pouvait pas me faire plus plaisir ! A 6h j’étais sur le pont dans la fromagerie, affairée à mouler et saler les tomes et faire les fromages blanc ! J’ai tout fait, le beurre, les yaourts, la traite, nourrir les bêtes, un coup de serpillière, papoter au jardin avec mamie Annette, les repas partagés avec l’équipe, le tout tellement riche d’échanges et de bonne humeur ! Ils m’ont accueillie à bras ouverts comme si j’étais leur fille avec une générosité et une simplicité qui régénère pour 10 ans d’un coup ! Ces colporteurs éleveurs sont de véritables lucioles, passionnantes et précieuses pour notre monde !

Bruno a hérité il y a bientôt 30 ans de la ferme familiale. Comme la plupart des fermes de l’époque, son fonctionnement était intensif, les vaches étaient élevées en bâtiments, le lait destiné à la coopérative et les cultures céréalières soumises aux produits phytosanitaires. Mais ce modèle de culture ultra-intensive, coûteuse, très dépendante et à l’encontre de ses valeurs ne convenait pas à Bruno qui a entamé une transformation totale de la ferme et de son outil de production ! Les prim’hostein ont réintègrer 40 hectares de l’exploitation convertis en prairies, le troupeau de 85 vaches laitières à pris des couleurs : montébliardes, jersiaises, frissonnes, rouges suédoises se sont progressivement substituées au prim’hostein, peu adaptées au système de culture biologique. Les huiles essentielles ont  remplacé les antibiotiques. En quelques années la ferme de 140 hectares est devenue autonome, économe et respectueuse de l’environnement. Aujourd’hui, les vaches sont nourries aux céréales cultivées sur l’exploitation avec au menu, un maximum de prairies généreusement garnies en luzerne et en trèfle violet, des mélanges céréales-protéagineux et du foin séché en grange pour éviter l’ensilage et garantir la qualité du lait. Suite à une formation sur la sélection variétale Bruno « crée » une variété de maïs à partir de semences paysannes, adaptée à son terroir et sélectionnée pour son goût. La ferme obtient en 2013 la certification « Agriculture Biologique ».

Entre-temps, Hélène a quitté son emploi pour travailler avec son mari sur un projet de création d’une fromagerie, une double transformation donc, où tout était à revoir d’un côté et tout à créer de l’autre. Après s’être eux-mêmes formés, ils recrutent une fromagère de profession. La Fromagerie ouvre en 2011 et compte désormais 3 associés avec Anthony Raiffe, ainsi que 6 salariés, pour certains en reconversion professionnelle que Bruno et Hélène prennent le temps de former. Lait cru, lait pasteurisé, faisselle, yaourts, riz au lait, semoule de maïs « population », crèmes dessert, fromage blanc, crème, beurre, fromage frais, lactiques, tommes affinées en cave naturelle… Toute la gamme de produits est vendue directement à la ferme et livrée dans les réseaux de circuits courts, les établissements scolaires et les restaurants dans tout le département.

Des céréales aux fromages, ils maîtrisent toute la chaîne de production, un travail d’orfèvre pour garantir l’exigence de la culture des céréales en semences paysannes bio à l’optimisation des planning de travail pour rester le plus respectueux possible de l’environnement, des terres, des bêtes et de l’humain.
Les journées sont longues et difficiles, le travail n’attends pas, il est contraignant, physique, fatiguant, prenant, tous les jours de la semaine y compris le week-end… Pourtant ils ne s’arrêtent pas là, l’énergie est encore intacte le soir, pour sortir au restaurant, au spectacle, au cinéma, pour s’investir dans les associations, les coopératives de producteurs, les réseaux, pour se former et former les autres… Ils ont même trouvé le temps d’éduquer trois enfants dont la petite dernière, Romane, est un joyau de malice et d’intelligence éveillée qui du haut de ses 13 ans regarde des reportages sur le zéro-déchets, fait de la danse, du théâtre, de la pâtisserie et s’épanouit, fière de ses parents et de ses racines !

« Nous sommes chargéS de l’héritage du monde mais il prendra la forme que nous lui donnerons » André Malraux

Bruno et Hélène sont le témoignage vivant et en actes de la possibilité de se réinventer pour réinventer le monde que nous habitons. Investis dans l’association « cultivons la biodiversité en Poitou-Charente », le réseau « semences paysannes », InPACT, ou encore le CIVAM qui les a aidé à s’installer et à réfléchir leur modèle de production, ils militent pour que les semences paysannes, non-modifiées et naturelles soient reconnues comme la seule réponse sociale, environnementale et économique aux enjeux de l’agriculture actuelle. Leur démarche et leur travail autour du maïs « population » en lien avec des chercheurs militants de l’INRA (Institut National de la Recherche Agronomique) a depuis été remarquée et ils ont été sollicités pour plusieurs films documentaires :
Retour en terre saine de Philip Dupuis et Sandrine Lopez
Tous Cobayes ? de Jean-Paul Jaud

Grâce aux réseaux de producteurs ils font vivre et animent le territoire avec générosité et enthousiasme en organisant des marchés de producteurs, des journées de formation, des événements culturels comme les samedis soirs à la ferme. Une fois par mois l’été, c’est un producteur différent qui accueille un concert, un spectacle et propose un repas avec les produits des producteurs locaux, une visite de la ferme et un marché. Le 8 septembre, c’était le Pré-Joly qui accueillait le trio « Ô Bec » pour un concert impertinent et poétique sous la stabulation « avec vue sur le cul des vaches ». 300 réservations pour le repas et près de 350 personnes ont été accueillies par l’équipe du Pré Joly et une poignée de bénévoles en T-shirt vert. Une démonstration de la vitalité d’un territoire, façonné par ceux qui le font vivre, en toute simplicité, sans chercher à se gargariser d’autre chose !

Merci à Bruno, Hélène et Romane pour leur accueil et leur générosité, pour l’espoir et la joie qu’ils essaiment autour d’eux !

Merci à toute l’équipe du Pré Joly, Mamie Annette et ses bon petits plats, Teddy et sa gentillesse, Mériadec et Sandrine, attentionnés et attentifs, Ivan et son humour, Annie, brute de pomme au cœur tendre, Anthony, plus discret mais tout aussi adorable, Céline, la sœur de Bruno qui rejoindra bientôt l’équipe des associés avec enthousiasme, sans oublier bien sûr, les 85 vaches ! Merci à eux pour leur patience, leur bonne humeur et leur accompagnement dans ma formation d’une semaine à la fromagerie ! Je ne sais pas si je suis prête pour être embauchée mais je suis à deux doigt d’une reconversion !


Et un reportage de France Bleu

La Colporteuse

Arrivée au château de Sanzay dans le bocage Argentonnay, Mathieu Bernardin, le co-fondateur, m’accueille avec enthousiasme. Un verre de jus de pomme et il m’embarque pour une visite contée de ce lieu magique !

L’histoire à commencé il y a 11 ans lors d’un apéro entre copains avec le p’tit Fred et Anaïs, il suffit parfois d’une soirée bien arrosée ! L’idée est née d’un lieu où les gens pourraient venir rêver les yeux ouverts, proposer des idées, essayer de les réaliser à plusieurs et partager dans la simplicité. De cette idée sont nées plein d’autres rêves, faire une programmation culturelle, un lieu de résidence d’artistes, devenir conteurs et aller partout colporter des histoires, un truc beau pour refaire le monde quoi ! Ils avaient entendu parler du château, laissé à l’abandon depuis quelques temps par l’association qui s’en occupait jusque là. Alors ils y sont allés au culot, demander les clefs du château à Madame le Maire qui leur a donné le trousseau. Encore interloqués d’avoir les clefs en poche, la bande de copains s’est retrouvée à visiter ce lieu enchanteur. Pas difficile de s’y projeter ! « Quelques » travaux bien sûr mais le potentiel était énorme et le bricolage ne leur faisait pas peur ! Avec leurs clefs ils ont ouvert toutes les portes et fouillé tous les recoins. Dans un recoin ils ont trouvé une grosse malle avec un gros cadenas. Le p’tit Fred à pris un gros marteau pour casser le gros cadenas et ils ont découvert un trésor, un vieux grimoire qui racontait la légende du Seigneur Radulphe de Sanzay. Un seigneur un peu fou et original pour l’époque car il avait donné l’ordre de ne jamais fermer le pont-levis. Il souhaitait pouvoir accueillir à bras ouverts tous les pèlerins, les curieux, les globe-trotteurs et permettre à chacun de réaliser ses rêves. Mais voilà qu’un jour, les passants se sont fait moins nombreux, le temps n’était plus à l’itinérance mais à la construction de maisons individuelles, de grandes barrières et de clôtures qui ferment à double tour. Et lorsque des voyageurs un peu comme moi avec mon vélo venaient de l’extérieur pour rencontrer les gens, ils trouvaient porte close. Alors ce bon vieux Radulphe s’est retrouvé tout seul, plus de rêves, plus d’amis, plus d’envies et il s’est ennuyé à en mourir…

« Y paraîtrait qu’ensuite, des colporteurs au détour d’un chemin sont arrivés au château. Au fil des échanges ils ont proposé à Radulphe de lui créer des pièges a ennuis pour lui redonner le sourire et animer ses vastes contrées. Plantation de rêves, récolte d’idées, attrapes histoires, bulles de bonheur…
Au fur et à mesure, des rencontres de nouvelles idées germèrent. Les colporteurs arrivaient de tous les chemins pour passer un doux moment au château, le temps d’un instant, le temps d’une soirée, d’un spectacle, d’un rêve devenu réalité!!! Y paraîtrait que Radulphe est parti avec le sourire et que les pièges a ennuis, eux, ils fonctionnent toujours a plein régime, pour notre plus grand plaisir… »

La suite de l’histoire c’est Mathieu, Fred et les copains qui l’ont écrite ! Il me raconte l’enthousiasme et les synergies des débuts, l’énergie et la persévérance des années, la capacité à se réinventer pour s’adapter au territoire, aux impératifs… De recherches de financements en dossiers de subventions, les soutiens ont permis de faire évoluer la structure et d’embaucher des salariés. Entre temps le p’tit Fred, devenu Fred Billy est parti vers d’autres aventures, plus artistiques, il est doué pour ça !

La Colporteuse a suivi son petit bonhomme de chemin en prenant le temps qu’il fallait prendre, pour rénover peu à peu le château, gagner la confiance des habitants et des collectivités publiques et surtout ne jamais s’éloigner de ses rêves fondateurs. Un lieu de rassemblement populaire, valise-outil pour toutes les initiatives citoyennes et les envies d’utopies, un lieu magnifique pour rêver, benaiser, penser et colporter ! Aujourd’hui il accueille aussi bien des chantiers participatifs et des ateliers issus d’initiatives locales et bénévoles que des événements ponctuels, des festivals, des concerts, une transhumance ou un concours international de soupe. On peut y croiser des petits loupiots de crèches, d’écoles ou de centres de loisirs alentours, des familles, des copains ou des résidents de maison de retraite ou d’IME (instituts médico-éducatifs) venus flâner une après-midi entière dans ce refuge paisible et reposant !

LES COLPORTEURS ET LE CHÂTEAU

Pour que tous ces rêves puissent se réaliser il a fallu les planter, entretenir le terrain, les faire germer et grandir, les récolter puis les colporter ! Tout ça c’est du boulot et ce n’est pas moins de 300 colporteurs qui s’investissent et se mobilisent toute l’année pour faire vivre le projet. Une association composée d’un bureau de 6 personnes et d’un conseil d’administration de 19 bénévoles. Accompagnés par Mathieu, ils participent à tous les débats sur les grandes orientations. Et bien sûr 4 salariés formidables qui travaillent d’arrache pied avec une générosité et des convictions bien accrochées ! Facilitateurs de projets, ils accompagnent tous ceux qui le souhaitent pour permettre aux habitants du territoire de réaliser leurs rêve. Sans jamais faire à la place, ni s’accaparer les idées, ils sont le terreau de leurs réalisations et œuvrent avec les habitants à faire vivre le territoire de demain !

La visite continue. Le château s’organise autour de la cour intérieure où les colporteurs ont précieusement conservé le trône de Radulphe. Tout ce qu’on peut voir à la Colporteuse est « fait maison » de façon écologique et collective, en apprentissage, en expérimentation, en transmission.
Les bureaux à l’étage, la cuisine pédagogique où l’on se prépare une petite salade avec les tomates du jardin potager de Radulphe tout en continuant à discuter, un bar associatif, le « p’tit potin », une salle de jeu attenante pour que les enfants soient tranquilles quand les parents sont au bar et vice-versa. Ce royaume du jouet et du déguisement accueille aussi les réseaux d’assistantes maternelles qui viennent profiter des jeux, de l’ambiance apaisante de la cour et du frais des épaisses murailles du château l’été. De l’autre côté, une salle à manger avec une bibliothèque et un poêle à bois pour l’hiver, une Lulu’dothèque et tout un tas de pièces encore à aménager à l’étage. En traversant la cour on passe devant la cuisine d’été qui est presque terminée, il ne manque plus que l’eau et un sol en tomettes pour venir compléter la « guinchouette », de soirées estivales dont l’ingrédient magique de convivialité ne m’avait pas échappé : le four à pizza qui tourne parfois à 150 pizzas dans une soirée ! Le bâtiment à gauche de l’entrée héberge la miellerie associative ainsi que la Fabrik à rêves et le Grenier des idées qui constituent l’atelier des chantiers. A l’extérieur des remparts, un campement/verger avec toilettes sèches et douches solaires en cours d’aménagement. Une dizaine de tentes et une yourte fabriquée lors d’un chantier participatif avec Guillaume Miot y cohabitent avec les arbres fruitiers. Et bien sûr, les douves classées « espace naturel sensible » entretenues en collaboration avec des naturalistes qui ne veulent surtout pas couper les ronces, il s’y passe tellement de choses intéressantes à l’intérieur !

 

  

LES PIÈGES A ENNUI

Ateliers en lien avec des artistes en résidence
Dans la cour, un « recyclosore » fait de broc et de pièces de métal, soudées, tordues et assemblées laisse supposer que des artistes sont souvent de passage ! Invités en résidence pour plusieurs jours, parfois plusieurs mois, ils proposent des ateliers de création. L’auteur de cette créature moyenâgeuse a permis par exemple à une dizaine de résidents du centre médico-psychologique de réaliser chacun une petite sculpture métallique, patiemment, en plusieurs étapes progressives. D’abord une journée puis quelques jours pour apprendre les techniques, la soudure, le maniement des outils, puis une semaine avec une nuit sous la tente. Un beau défi pour des personnes qui peuvent vite être paniqués et déstabilisés hors de leurs habitudes et qui n’a pu être relevé qu’en tissant un lien de confiance étroit avec les éducateurs.

Ateliers gastronomiques
De l’achat des produits directement chez les producteurs locaux au dressage de l’assiette en passant par l’élaboration des recettes, l’apprentissage de la cuisine gastronomique se fait ici comme chez les grand chefs !

Ateliers fabrication du miel
La miellerie associative propose des formations « rucher-école » une fois par mois pour apprendre l’apiculture. Cette année les 15 ruches ont donné une belle production de 90 kilos et 300 pots de miel !

Ateliers biodiversité
L’aménagement d’un sentier d’interprétation avec des cabanes, des nichoirs et des petits panneaux explicatifs permet de proposer des animations biodiversité à la découverte des tritons, de la faune et de la flore dans les douves, classées « espace naturel sensible ».

L’atelier des colporteurs et des initiatives
C’est le germoir à idées où tous les colporteurs peuvent venir proposer un projet. C’est comme ça que sont nées la Lulu’dothèque et la Miellerie par exemple. C’est comme ça aussi que Guillaume Miot qui est venu un jour avec des amis imprimeurs itinérants pour écrire et faire imprimer en sérigraphie le récit de son voyage à vélo. Cinq ans d’écocyclette à la rencontre des initiatives de permaculture à travers le monde. Il devait rester 2 jours il est resté deux mois, on reste toujours plus longtemps que prévu à la colporteuse ! Ou bien alors, on y revient !

Des journées « comme à la maison »
Les anciens font ce qu’il y a à faire selon l’actualité du lieu, du désherbage, une vaisselle, mettre du miel en pot, peindre un petit truc… ça leur permet de retrouver le plaisir des activités du quotidien comme lorsqu’ils étaient encore chez eux avant la maison de retraite, tout en participant à la vie de la structure dans une ambiance chaleureuse avec les autres.

Les chantiers participatifs
Tout à commencé par ça, des chantiers participatifs en tout genres. La convention de mise à disposition du château par la communauté de commune ne coûte pas un écu mais les colporteurs ont pour mission de gérer l’entretien et la rénovation progressive. Il y a les chantiers de bénévoles où tout le monde vient donner la main pour préparer l’organisation d’un événement ou pour du rangement. Il y a aussi les chantiers réguliers avec le centre médico-psychologique, la Mission locale ou le SESSAD (Service d’Education Spéciale et de Soins A Domicile) pour entretenir le jardin, ou bricoler de nouveaux aménagements. Et enfin, il y a des chantiers plus ponctuels pour les centres de loisirs, les établissements scolaires, les centre d’éducation renforcée (CER), ou toute autre structure qui souhaiterait découvrir et faire découvrir le château. La Colporteuse fait également partie du réseau Remparts. « Grâce à ce réseau national les gens sont venus de partout dès le début, de Lille, de Marseille et même d’autres pays pour profiter du château et le faire vivre, cela a largement contribué au projet de territoire au niveau local parce que les gens du coin, méfiants au démarrage ont finit par se dire qu’ils en profiterai bien aussi de ce château ! »

Tout est rénové avec des matériaux écologiques et de récupération. La moindre petite barrière peut faire l’objet d’un chantier, ça a l’air de rien comme ça mais ce sont souvent des jeunes qui ont besoin de prendre ou de reprendre confiance en eux, qui voient ce qu’ils peuvent faire de leur mains. De la réflexion au résultat final en passant par toutes les étapes, aller chercher le bois dans la forêt, le couper à la tronçonneuse, le ramener à la colporteuse, le recouper en bonnes sections, apprendre à tailler, à se servir d’un outil… En une demi-journée de travail ils peuvent construire des choses qui restent, qui font partie d’une œuvre collective et dont ils peuvent être fiers. Un mur en enduit terre-paille a été terminé cet été avec des enfants de 6 à 8 ans, heureux comme des seigneurs d’avoir eu l’autorisation de faire de la bouillie et qui sont repartis en ayant appris qu’on peut construire une maison de façon écologique et économique. Par ailleurs, les jeunes des chantiers peuvent toujours bénéficier des pièges à ennui sur leurs temps libres, découvrir le lieu, s’initier aux ateliers ou simplement profiter d’une sieste en hamac au bord de la rivière, ça crée parfois des vocations et les jeunes repartent la tête pleine de rêves à colporter !

Pour colporter il faut voyager

Autrefois, les colporteurs déambulaient de village en village pour exposer des objets, des histoires, des chansons, des légendes… Alors c’est tout naturellement que La Colporteuse a renoué avec cette tradition de l’itinérance. Très vite ils se sont rendus compte que le château, éloigné du bourg, fortifié avec des remparts et des douves de protection, n’était pas un lieu ouvert comme ils le souhaitaient. C’est comme dans un théâtre, quand on ne sait pas ce qui se passe à l’intérieur, on n’y met jamais les pieds. Alors est venue une autre idée folle de créer des caravanes nomades, pour que tout ce qui se fait au château puisse être reproduit aussi à l’extérieur. Le bar, la cuisine, l’atelier des chantiers, la lulu’dothèque, la miellerie, chaque outil, chaque atelier tient dans une caravane et peut être délocalisé en itinérance. Cela permet de redynamiser le territoire au delà des murs du château, d’aller dans les écoles proposer des ateliers de fabrication de mobilier de récup, dans les villages avec Fred Billy pour collecter la parole des habitants, installer la Lulu’dothèque ou le bar le temps d’un projet… « La Manitourneuse », « Le Bobard », « La mijoteuse », « La bricoleuse » et la « KKravane », cinq caravanes retapées et bientôt un camion polyvalent, bureau, salle de cinéma. Parfois lorsqu’une caravane a été posée quelque part, dans un quartier par exemple, les jeunes reviennent à La Colporteuse l’année d’après pour construire leur propre caravane et devenir autonomes. Ils font le chemin d’aller vers, découvrent le lieu, la miellerie et tout le reste…

A SUIVRE…

D’autres projet son en cours, d’autres pièges à ennui en gestation, la fabrication artisanale de savons avec une méthode naturelle à froid, une grainothèque, un projet européen, grâce à Maureen, une bénévole de 74 ans qui permettra la construction d’un lieu d’hébergement exclusivement en récupération et en matériaux naturels, le « Flocon » (Fédérer Localement, Organiser Collectivement, Ouvrir Naturellement), en partenariat avec d’autres structures en Angleterre, en Roumanie, en Espagne et au Pays de Galles. L’objectif est d’aller visiter des structures qui ont travaillé sur de la rénovation à partir de matériaux naturels et de recyclage (construction de mur en terre pisé, technique des bardeaux de bois) avant la construction de la première cabane d’habitation au mois de juin sur le terrain du centre-médico-psychologique avec lequel ils viennent d’officialiser le plus petit comité de jumelage du monde… ça permet les rencontres, ça ouvre d’autres perspectives, ça colporte, ça nourrit les idées, les envies.

La Colporteuse attends également la réponse pour devenir centre socio-culturel et obtenir de nouveaux financements qui permettront d’embaucher un mi-temps, soigner l’accueil du public et développer l’itinérance. Cela amènera aussi une reconnaissance de l’action menée et plus de légitimité vis à vis des collectivités et des partenaires institutionnels. Mais Mathieu s’interroge toujours…

« Peut-être qu’on se trompe en allant vers ça, je ne sais pas… Moi j’étais plutôt pour car nous sommes déjà « Espace de vie sociale ». On fait déjà le boulot et ce n’est finalement qu’une histoire de montant des subventions. Mais je me souviens quand on a créé La Colporteuse, c’était un peu en opposition à tous les centres socio-culturel qui fonctionnaient dans un entre-soi un peu figé, avec beaucoup de salariés… On n’est pas en train de devenir ça parce qu’on a la chance d’avoir ce lieu, un lieu qui vibre parce que les gens l’ont fait eux-mêmes, mais il faut rester vigilant ! »

LA RECETTE
  • Une super équipe, Lolita, David Mathieu sont tous très polyvalents et ils aiment ça ! Lorsque l’un d’eux est malade ou absent, n’importe qui est capable de reprendre le boulot, Chacun apporte sa touche, sa couleur personnelle mais tout le monde est capable de gérer un budget, de coordonner un événement, de mener un projet de A à Z.
  • Un projet de départ qui intègre par nature le collectif et l’investissement bénévole. Ces derniers sont « cajolés » et sont partie prenante de la vie de la structure puisque la colporteuse n’est « que » le support de leurs projets et de leurs rêves.
  • L’imaginaire est l’ingrédient magique, il embarque les gens dans une histoire, on a tous besoin de rêver !
  • 35% de financements propres avec l’accueil des groupes et la mise à disposition des outils en prestation.
  • L’expérimentation, l’erreur créatrice.
  • Une petite jauge de 115 personnes (avec quelques dérogations parfois sur certains événements) due à la nature du lieu clos. Cela a permis de préserver ce qui plait aux visiteurs, un endroit « à taille humaine », paisible, familial où l’on vient chercher la tranquillité.
  • Ne jamais oublier de prendre du plaisir à ce qu’on fait ! Toucher à tout et être investi dans le projet global joue beaucoup pour les salariés autant que pour les bénévoles !
  • « Être capable de s’engueuler sans que ça provoque une crise » pour reprendre les mots de Fred Billy
  • Maîtriser l’art de la bidouille. La cuisine n’est pas aux normes pour être une cuisine collective ? On en fait une cuisine pédagogique !
  • La richesse des partenariats et des échanges au delà des préjugés et de l’antagonisme stérile culturel/socio-culturel

… ça y est je vous en ai déjà trop dit ! L’histoire se vit plus qu’elle ne se raconte, d’autant qu’avec Mathieu on retrouve nos yeux brillants d’enfant, suspendus aux lèvres des conteurs. Courrez, accourrez de toutes les contrées pour rendre visite aux colporteurs !
D’autres voyageurs, en camping-car étaient déjà passés avant moi et ont écrit un joli article à lire ici. Leur démarche, similaire à la mienne (oui, oui on est nombreux !) est le projet itinérant de deux baroudeurs à la rencontre de citoyens investis dans des actions locales culturelles, environnementales, et/ou sociales racontées ici !

Quant à moi je reprends le fil de mon voyage vélo, les sacoches pleines de colportages à partager avec vous ! Je leur ai emprunté le mot pour une rubrique de mon blog, je n’en ai pas trouvé de plus juste dans le dictionnaire… J’espère qu’ils ne m’en voudront pas !

Colportez-vous bien !

Warmshowers

A Bressuire j’ai dormi chez Brigitte et Jean-Maurice, surnommé Dji. Ils ne sont pas inscrits comme Warmshowers mais c’est leur amie Marylène, en voyage en Croatie qui m’a conseillé de les appeler. La vitalité des réseaux et de la solidarité en campagne sont sans commune mesure avec les grandes villes ! Tout le monde connaît La colporteuse, la fille de Marylène y a travaillé 4 ans… Dji et sa femme sont aussi adorables qu’ils en avaient l’air par texto ! Ils sont venus me chercher à la gare et m’avaient cuisiné un festin, apéro, entrée, plat, fromage, dessert avec les légumes et les fruits du jardin, le tout accompagné d’une bouteille d’Anjou ! Ils m’ont assaillie de questions, sur mon parcours, mon projet, mon matériel… Ils m’ont aussi raconté leurs aventures à bicyclette, plus aucun canaux ni aucun fleuve en France n’ont de secrets pour eux. On a parlé culture, politique, résistance, syndicalisme… Leur fille, Judith Guilloneau est marionnettiste et vient de monter sa compagnie, Le bruit de l’herbe qui pousse… Une super soirée riche d’échange et de partage ! Le bonheur d’une douche aussi ! Pour une première expérience Warmshowers je suis vraiment bien tombée !

A regarder sur les conseils de Dji, le film de Gilles Perret, La Sociale sur la création de la sécurité sociale.

L’Océan

Arrivée à l’océan… pas d’océan ! Je suis dans la baie du marais poitevin ou baie de l’aiguillon, la marée haute est à 23h où à midi et il est… 16h ! De toute façon, il n’est pas recommandé de se baigner, c’est de la gadoue. Qu’à cela ne tienne, je compense ma frustration de baignade par un petit plateau de fruits de mer avec vue sur la baie au coucher du soleil. On ne traverse pas la France pour voir l’océan sans faire un festin de ses trésors !

Je remonte le lendemain par la côte jusqu’aux Sables d’Olonne où je dois prendre le train des plages pour Bressuire. C’est la gare la plus proche de la Colporteuse où j’ai pris RDV avec Mathieu Bernardin, le co-fondateur de la structure avec Fred Billy. La route est magnifique, peu de chemins et de pistes cyclables longent vraiment la mer mais lorsque c’est le cas ça vaut le coup ! Les pistes du circuit aménagé « la Vendée à vélo » sont très agréables traversant aussi bien des pinèdes, des villages, des champs… On y respire la menthe, les pins, les vaches, le grand air de la mer !

Quel bonheur, quel bonheur, quel bonheur ! Sillonner les routes, envoyer du kilomètre, tenir, manger face à la mer et aux vagues perdues sur les rochers ! Une boîte de maquereaux à la moutarde, 2 tranches de pain récupérées au restaurant, des tomates cerises, une faisselle achetée sur la route, bien acide au goût de vache comme j’aime et 2 petits spéculoos ! L’horizon… À perte de vue l’horizon, et le bruit des vagues inlassable, infini… Sentir la terre vivante !

A Teurtous !

La Colporteuse où je voulais me rendre après le Nombril du monde est fermée pour quelques jours. Cela me laisse le temps d’aller voir la mer avec une étape au bar associatif A Teurtous à Arçais ! Saint-Aubin-le-Cloud / Secondigny par la voie verte du Thouet puis la D748 jusqu’à Champdeniers-Saint-Denis pour récupérer la Vélofrancette et profiter des marais poitevin de Niort jusqu’à l’océan !

L’association A Teurtous a été crée en 2015 après les attentats du 13 novembre par un groupe de jeunes habitants du village avec pour but de favoriser le commerce de proximité et dynamiser le lien social.

Le café/bar associatif et culturel s’installe l’été sur le parking du Coursault. Ouvert tous les week-ends (et parfois en semaine) jusqu’en septembre. Au menu, rafraîchissements, glaces, assiettes de produits locaux à prix libre et vaisselle auto-gérée dans l’échange et le partage, jeux et activités culturelles en pagaille : boîte à criée, ateliers vannerie, espace enfants, palet, pétanque, jeux de société… L’association de 80 adhérents est aujourd’hui administrée par une collégiale solidaire composée de 12 co-présidents. Le seul objectif est de faire vivre un lieu ensemble en proposant une programmation culturelle pour tous, dans une ambiance festive ! Les artistes sont payés au chapeau avec un petit rab issu des recettes du bar et on peut même retrouver l’équipe, investie et souriante, sur le marché le samedi matin pour les chroniques du quotidien ou refaire le monde à plus long terme en partageant un thé ou un café.

    

Maud Bailly – La revanche d’une cigale

La revanche d’une cyclocigale est le blog de Maud Bailly qui raconte son périple militant de la Terre de pluie à la Terre de feu du bout du monde : Bruxelles-Ushuaïa (extrême sud de la Patagonie argentine), 2 années sur les sentiers du monde, 14 500 km à bicyclette et 3 500 miles marins à la voile… en solo et au féminin !

Quelques coups de pédales et maniement de voile à travers un bout d’Europe occidentale, un petit saut en Afrique, un océan Atlantique et une traversée de l’Amérique du sud pour comprendre comment notre monde tourne (ou plutôt ne tourne pas bien rond) en l’explorant autrement, afin de poser les jalons d’une réflexion sur un autre « vivre-ensemble », entre êtres humains et avec notre Planète.

Je n’ai pas encore eu la chance de rencontrer cette cyclo-cigale et son fidèle Caminante mais nos chemins se croiseront peut-être, ce serait chouette !

Marie Chiff’mine et son guidon conteur

« La vie est comme une bicyclette, il faut avancer pour ne pas perdre l’équilibre… » Einstein

Conteuse Bretonne, jardinière de mots et de pommes, en gallo et à vélo, Marie Chiff’Mine est un troubadour du guidon nomade qui cultive un art de la lenteur et de la rencontre ! Comme Yannick Jaulin elle raconte dans sa langue maternelle pour continuer de la faire vivre et de la transmettre. Son énergie de vie, son sourire et ses histoires l’ont menée jusqu’en Estonie à bicyclette. Six mois de voyage à vélo et 5320 kms à conter sur les route en trois langues (français, gallo et anglais) pour sortir des théâtres, aller vers les autres et « se libérer du joug auto-restau-hôtel qui pèse sur les artistes » ! Elle projette une nouvelle tournée à vélo en Bretagne avec un spectacle sur le Gallo.

« Rencontrer Marie Chiff’mine, ici ou là-bas, c’est comme une bouffée d’air pur, comme respirer avec elle les forêts d’Estonie ».

Découvrez son aventure et sa formidable énergie communicative sur son blog, la page dédiée sur son site et un très joli portrait sur histoiresordinaires.fr, un site qui regorge par ailleurs de mille autres histoires engagées et passionnées à travers le monde !

Les rencontres de la Chagnée

Des familles et leurs ribambelles d’enfants, une professeur d’EPS en vadrouille, une  conteuse, deux conteuses, trois conteuses… Les visiteurs curieux du Nombril ont envahit le camping de la Chagnée ! L’ambiance est propice aux rencontres et aux discussions… Un brin de causette avec Marie Chiff’Mine au détour d’une vaisselle et hop, elle pourra m’emmener en voiture tout à l’heure, on as pris les mêmes spectacles ! Jardinière de mots et de pommes, elle est conteuse en Bretagne, en gallo et à vélo ! Comme Yannick Jaulin, elle raconte dans sa langue maternelle pour continuer de la faire vivre et de la transmettre. Son énergie de vie, son sourire et ses histoires l’ont menée jusqu’en Estonie à bicyclette, 6 mois de voyage à vélo et 5320 kms à conter sur les route pour sortir des théâtres. Un troubadour du guidon nomade qui cultive aussi bien les pommes que l’art de la lenteur et de la rencontre ! On me prends pour sa fille, c’est vrai qu’il y a comme un air… de joie, de liberté, le vélo ça transforme ! Mon voyage la replonge dans l’excitation des siens et elle me donne plein de bons conseils sur les réseaux de solidarité cyclistes. Warmshower, une communauté de voyageurs à vélo dans le monde entier qui accueillent d’autres voyageurs pour une ou plusieurs nuits et surtout pour une douche chaude, Cyclo-camping international, une association qui regroupe et informe les adeptes de la vadrouille en biclou… Elle me parle d’autres cyclopèdes, Maud Bailly, Guillaume Miot, de la Compagnie Ocus à Saint-Germain sur île pas très loin de chez elle qu’il faut absolument que je rencontre (elle pourra m’héberger bien sûr !)

Au détour d’une autre vaisselle c’est Lucie Glinel qui se joint à la causette pour se renseigner sur le programme des spectacles. Conteuse elle-aussi, elle a une amie qui habite justement à Hérisson (pas celui-là, celui de l’Allier) où je projette d’aller visiter le Cube. Ni une ni deux, elle est prévenue et pourra m’héberger si j’ai besoin !

« Voyager c’est aller de soi à soi en passant par les autres ».

L’énergie vitale de la rencontre, de l’entraide, de la générosité ont remplacé les petits calculs du chacun pour soi, la bêtise politicienne déconnectée de l’humain et l’épuisement solitaire dans un système sclérosé, rendu irrespirable par malveillance. Bien loin des égoïsmes protégeant leurs petits pré-carrés de confort individuel, je partage sans modération la joie et l’enthousiasme régénérant des lucioles et des enchanteurs, beaucoup plus nombreux et faciles à apercevoir depuis les sentiers de traverse que j’emprunte à vélo !

Je ne me remercierai jamais assez d’avoir eu le courage de reprendre ma liberté et c’est en me perdant à vélo que j’ai retrouvé mon chemin !

La causerie du bourrier #2

11h03 le lendemain au jardin des histoires, une quarantaine de personnes se pressent pour prendre place dans le rond des sorcières et tendre une oreille attentive à Michel Billé. Sociologue spécialisé dans les questions relatives aux handicaps et à la vieillesse, auteur de nombreux ouvrages à ce sujet, il a été invité par Yannick Jaulin pour répondre à une question : vieillir, est-ce devenir bourrier ?

Lui aussi est conteur finalement, au moins autant que conférencier en tout cas ! Convoquant à propos quelques citations de poètes et jouant avec les mots, il déroule le fil de son histoire, celle d’un autre regard sur la vieillesse, bouleversant ! Comme dans les contes on passe du rire aux larmes et on prends une belle leçon d’humanité !

« Ce n’est pas parce que je suis un vieux pommier que je donne de vielles pommes » Félix Leclerc

Dans notre société actuelle, la vieillesse est donnée à penser et à vivre comme un « problème », le « problème du vieillissement de la population ». Elle est de plus en plus perçue comme une maladie dont le spécialiste est devenu le médecin gériatre. Les crèmes anti-rides et la « médecine » anti-âge en témoignent : on a le droit de vieillir, à condition de rester jeune ! Cette injonction culpabilisante est partout et uniformise nos représentations. Rester en forme oui, bien sûr, tout le monde le souhaite, mais rester jeune est une absurdité. Vieillir c’est devenir vieux et ça n’est ni une maladie, ni un handicap, bien au contraire ! C’est une chance, personnelle et collective. Vieillir c’est vivre, et c’est encore la meilleure des choses qui puisse nous arriver. Vieillir c’est apprendre à perdre, c’est transmettre… On dit souvent comme Brassens que « l’âge ne fait rien à l’affaire » pourtant c’est bien une question d’âge malgré tout et pour se donner une chance de maintenir une joie, un plaisir à vieillir, il nous faut regarder la vieillesse comme une nouvelle occasion dans nos vies de remanier notre rapport au monde, aux autres et à nous-mêmes.

« Il n’y a pas de miroir objectif, pas plus que d’objectivité, c’est dans le miroir des autres que parfois, on se reconnaît » Jacques Prévert

« Mon identité c’est l’image que j’ai de moi, forgée dans le rapport aux autres » Pierre Sansot.

C’est dans un jeu d’attente réciproque que l’on peut construire son identité, mais qu’attendons-nous les uns des autres ? Qu’attendons-nous des vieux aujourd’hui en France ? Leur fric ? Qu’ils nous lâchent la grappe ? Si ce n’est pas le cas pourquoi parle t’on de « maintien » plutôt que de « soutien » à domicile, de « placer » en maison de retraite plutôt que « d’accueillir » ? Pourquoi la dépendance, celle du « D » de l’EPHAD est-elle pointée du doigt comme un fléau lorsqu’il s’agit des vieux alors que nous sommes tous interdépendant ? Qui peut dire qu’il n’est pas dépendant des autres quel que soit son âge ? C’est important les mots. Comment nous font-ils penser ? Comment nous font-ils agir ?

Alors comment refuser la tyrannie du bien vieillir et déconstruire un fonctionnement social qui disqualifie la vieillesse ? Comment ne pas nous rendre coupables d’un déni de solidarité ? Assister à une « conférence » de Michel Billé est déjà un bon début, courrez-y, on en sors aussi grandis qu’amusés. Des captations sont aussi disponibles sur Youtube si toutefois vous ne pouvez pas vous y rendre. Et puis lire ses livres bien sûr, il écrit aussi bien qu’il parle !

Quelques extraits

« Quand on me pose la question, quel âge avez-vous ? Je réponds tous les âges avant celui que j’ai. Je suis ce qu’une vie me fait. »

« C’est la vieillesse le vrai développement durable. Vieillir c’est modifier son rapport au temps dans une société de l’éphémère, de l’instant, c’est apprendre à se déconditionner, à être plus libre ! »

« Je ne veux pas être retraité au participe passé, je veux être retraitant, un participe présent ! En Espagne la retraite se dit jubilación, voilà qui est quand même plus parlant ! »

Le mot de la fin

« Marche t’en donc pis que l’beau temps vienje ! »

La Causerie du Bourrier

11h03 au Nombril du monde, c’est la causerie du matin. Aujourd’hui l’invité est un ingénieur de recherche à l’institut national de recherche agronomique (INRA), Pierre Bitoun. Il est l’auteur avec Yves Dupont du livre « Le sacrifice des paysans, une catastrophe sociale et écologique » qui retrace l’histoire de l’agriculture sur le chemin du productivisme, de « l’ethnocide » des cultures paysannes à la schizophrénie actuelle du monde agricole. Autour de la table tout le monde est d’accord, mais quelles sont les solutions ? Pierre Bitoun déplore le succès de la pensée des Colibris liée au sentiment d’impuissance générale et finalement très individualiste. Pour lui « faire sa part » dans son coin ne suffit pas, il n’y a pas d’individu qui soit séparé du « social », donc du politique et du « faire société », la seule solution est dans l’engagement politique pour ne pas éluder les rapports de forces. L’enseignement est également la courroie de transmission d’un modèle, comment le réformer ? Qui finance ? Qui soutien ?

Lire aussi : un article du blog de Médiapart