À propos

« Tu es d’où ? Tu viens d’où ?

Tant de fois on m’a posé cette question ! Comment répondre lorsque partout où l’on va on pourrait se sentir chez soi ? Je suis de partout et de nulle part, sans territoire, sans ancrage. En errance partout sauf dans la forêt. J’ai toujours eu besoin des forêts, de leurs murmures, de toutes leurs feuilles pour attraper le vent. Trop déménagé pour avoir eu le temps de laisser pousser des racines en terre. Je suis une plante hors sol aux racines suspendues qui pourrait se planter partout sauf en pot. Heureusement je n’ai pas manqué d’eau ni de soleil. De nulle part mais de toutes les forêts. Libre d’habiter ma vie quel que soit l’endroit où elle me mène.

«  Ce que je suis ? Traversé depuis l’enfance de flux de lait, d’odeurs, d’histoires, de sons, d’affections, de comptines, de substances, de gestes, d’idées, d’impressions, de regards, de chants et de bouffe. Ce que je suis ? Lié de toute parts à des lieux, des souffrances, des ancêtres, des amis, des amours, des événements, des langues, des souvenirs, à toutes sortes de choses qui, de toute évidence, ne sont pas moi. Tout ce qui m’attache au monde, tous les lieux qui me constituent, toutes les forces qui me peuplent ne tissent pas une identité, comme on m’incite à la brandir, mais une existence singulière, commune, vivante…» Comité Invisible L’insurrection qui vient

Qu’est-ce qu’on y met dedans nos vies ? Comment on meuble à l’intérieur ? Moi ce sont les autres qui m’aménagent, qui m’habitent, qui me traversent. Les autres comme des arbres, choisis pour composer ma forêt. Façonnée et grandie de cette empathie. Bouture d’autres racines, agglomérat d’autres sèves. Je suis née dans une caravane et heureuse sur mon vélo !

Une histoire de lucioles

« Les lucioles, il ne tient qu’à nous de ne pas les voir disparaître. Or nous devons pour cela, assumer nous mêmes la liberté du mouvement, le retrait qui ne soit pas repli, la force diagonale, la faculté de faire apparaître des parcelles d’humanité, le désir indestructible. » Survivance des lucioles – Georges Didi-Huberman

Depuis trois ans mon port d’attache est à Besançon, j’y avais déposé mes valises pour un poste de « chargée de relations avec les publics » à la Scène nationale où je me suis épuisée dans les méandres des impératifs décisionnels subordonnés aux conventions d’objectifs et trop souvent déconnectées du sens, pour les projets, pour les publics… Trop de choses avec lesquelles je n’étais pas d’accord, trop d’impasses pour lesquelles la solution ne pouvait pas être individuelle… J’ai eu besoin de retrouver l’envie, mes convictions, ma liberté, besoin de me reconnecter avec le sens de mon métier. A force de ne pas être d’accord, de regarder ailleurs pour me nourrir, pour réfléchir à d’autres modèles de fonctionnement, j’avais repéré des lieux et de nombreuses initiatives qui avaient été capable d’inventer de nouvelles façons de faire, plus proches de l’humain, même avec des bouts de ficelle. Alors j’ai acheté un vélo, deux paires de sacoches et j’ai décidé de partir sur les routes de France à la rencontre de créateurs, des artisans, des artistes, des paysans, des idéalistes, des penseurs, des astronomes, des colporteurs de rêves et des lucioles. Je sais désormais que les lucioles n’ont pas disparu pour tout le monde et qu’elles brillent encore de leur joyeuse résistances, il suffit de faire un pas de côté pour les apercevoir !

“Le but d’une (en)cyclopédie est de rassembler les connaissances éparses sur la surface de la terre ; d’en exposer le système général aux hommes avec qui nous vivons, et de les transmettre aux hommes qui viendront après nous.” Denis Diderot

La Monture

Un vélo en acier avec une fourche en aluminium pour le poids. 14 kilos à vide et 25 kilos de chargement dont 5 kilos d’eau. Quatre sacoches, une tente, un matelas auto gonflant, un petit oreiller gonflable, un sac de couchage et un drap de sac pour seule maison. Deux cuissards et le minimum de vêtements, un casque, des lunettes de soleil, un coupe-vent et une cape géante pour la pluie, moins d’un kilo pour la trousse de toilette, une serviette de bain micro-fibre, le matériel de secours et de réparation nécessaire, le minimum de provisions et une petite popote, un panneau solaire et une batterie externe, du papier toilette (c’est important), quelques livres (beaucoup trop si l’on s’en tient aux considérations de poids relativement au temps disponible à y consacrer), un stylo, un carnet de voyage et un téléphone…